"Les archives du viol : aux sources d'un crime au XVIIIe siècle", par Énora Peronneau Saint-Jalmes
Dans le cadre de leur cycle de conférences "Retour aux sources", les archives départementales de l'Yonne ont proposé le 19 décembre 2019 une intervention d’Énora Peronneau Saint-Jalmes, élève en 4e année à l’École nationale des chartes et lauréate de la bourse de recherches du conseil départemental de l’Yonne sur le thème suivant : "Les archives du viol : aux sources d'un crime au XVIIIe siècle".
Longtemps considérés comme un sujet racoleur, voire pervers, les crimes sexuels ont aujourd’hui acquis le statut d'objets d’histoire. Alors qu'il est réputé fréquent à la fin de l'Ancien Régime, le viol demeure pourtant un crime méconnu. Débats contemporains, sources difficiles d'accès, rareté des cas portés en justice : les freins à l'initiative de la recherche ne manquent pas.
Le viol à cette période nous est pourtant familier, lisible et visible dans la production romanesque du XVIIIe siècle. Si elle en donne un aperçu, la littérature de fiction n'incarne pas toutefois la source la plus fiable pour écrire l'histoire des violences sexuelles. L'exploration des archives judiciaires semble alors essentielle pour mieux comprendre, sans anachronisme ni a priori, la manière dont la justice et la société traitaient auparavant ce type d'affaires. À la fois crime social, crime d’honneur et crime intime, le viol touche à de nombreux aspects de la vie quotidienne de l’Ancien Régime.
À l'occasion d’un procès, il met en lumière les rouages de la justice et dévoile les rapports ambigus des populations à la sexualité et à la violence.
Lever le voile sur le crime de viol s’avère pourtant complexe lorsque la réflexion se porte sur une époque antérieure à la nôtre. Les nécessités passées de la procédure criminelle, les tabous de la sexualité et la subjectivité des protagonistes enrichissement en même temps qu’ils complexifient le travail des chercheurs et des chercheuses. Cet hermétisme n’est pas une fatalité. Choix du fonds, techniques de dépouillement, ventilation et analyse des données : la recherche, par sa méthode, peut faire parler les archives du viol. Originales à plus d’un titre au sein du corpus criminel du XVIIIe siècle, elles permettent également d’aborder et de croiser plusieurs champs historiques passionnants : histoire du droit, histoire sociale et culturelle, histoire matérielle et histoire locale.
À partir d’une série de cas, Énora Peonneau Saint-Jalmes tente de retracer l'histoire d'un crime, révélateur des consciences collectives et du fonctionnement des institutions à la fin de l'époque moderne.
Pour en savoir plus : voir également la conférence faite par Enora Peronneau Saint-Jalmes à l'École des chartes en mars 2022 dans le cadre de sa thèse.